Cette affaire criminelle entrée dans les annales de la justice française débute le 5 août 1952 lorsque les corps des époux Drummond et de leur fille âgée de dix ans sont retrouvés près de Lurs, un village situé dans les Alpes-de-Haute-Provence. Venus passer leurs vacances dans le sud de la France, cette famille anglaise s'était arrêtée la veille au soir au bord de la route afin de passer la nuit dans leur voiture. Ils ont été tués de plusieurs coups de carabine.
La vidéo en tête d'article nous mène sur le lieu du crime, c'est un extrait du magazine « Cinq colonnes à la une ». On y découvre le petit pont sur les bords de la Nationale 96 où la famille s'était installée pour camper pour la nuit. L'intérêt du reportage réside également par l'utilisation de la technique de la caméra subjective reconstituant la fuite de la petite Elisabeth. Il permet aussi de découvrir la ferme des Dominici, située non loin de là, la famille sur laquelle se porte déjà les doutes.
L'enquête
Au cours des investigations menées par le commissaire Edmond-Jean Sébeille, les présomptions se portent rapidement sur le patriarche, Gaston Dominici, un paysan dont la ferme « la Grand'Terre », se situait à 150 mètres du lieu du crime. Après avoir avoué le triple meurtre, l'homme âgé de 74 ans va se rétracter, alléguant qu'il voulait ainsi se sacrifier pour protéger ses deux enfants, Clovis et Gustave Dominici. L'archive des Actualités Françaises ci-dessous revient sur les aveux du chef de famille.
Un procès retentissant
Après plus de deux ans d'enquête, le procès s'ouvre le 17 novembre 1954 devant la cour d'assises de Digne. Les débats sont animés : l'accusé ne cesse de clamer son innocence, tandis que les déclarations de ses fils tendent plutôt à l'accabler.
Le procès Dominici
1954 - 01:01 - vidéo
Fin du procès Dominici
1954 - 01:16 - vidéo
Gaston Dominici est finalement déclaré coupable et condamné à la peine de mort à la stupeur générale comme le raconte Frédéric Pottecher, chroniqueur judiciaire qui suivit l'affaire à l'époque, dans l'émission « Les Jours du siècle » sur France Inter en 1996.
Le verdict du procès Dominici
1996 - 00:22 - audio
Le transfert de Gaston Dominici à Marseille
1954 - 00:42 - vidéo
Condamné à mort, Gaston Dominici est envoyé à la prison des Baumettes à Marseille. Le mystère plane encore. « Est-ce non la fin de l'affaire ? Il a fait à ses avocats des révélations que ceux-ci ont qualifiées des "très importantes", mais sur lesquelles ils gardent le secret. Serait-ce, non le fin, mais le début de l'affaire de Lurs. Le secret plane toujours... »
Un nouveau rebondissement
Quelques jours après sa condamnation, Gaston Dominici convoquait ses avocats afin de leur faire part « d'importantes déclarations ». De sa prison, il déclarait avoir surpris le matin du meurtre une conversation entre son fils Gustave et son épouse Yvette dans laquelle il était question de fillette déplacée et de bijoux. À la suite de ce revirement, la police décida de rouvrir le dossier, confié aux commissaires Chenevier et Gillard, mais la culpabilité de l'accusé allait être finalement réaffirmée, sans qu'aucune preuve irréfutable du crime ne soit apportée.
Rebondissement dans l'affaire Dominici
1954 - 00:20 - vidéo
La grâce présidentielle
Le doute persistait. Après trois ans d'emprisonnement aux Baumettes, à Marseille, le président de la République René Coty décida de commuer sa condamnation en travaux forcés à perpétuité. Puis, en 1960, le général de Gaulle accorda sa grâce au prisonnier, en raison de son grand âge. Le « Vieux » rentrait à la ferme et retrouvait sa femme, « la sardine ». Une archive disponible ci-dessous.
Le retour de Gaston Dominici
1960 - 00:35 - vidéo
Cette grâce mit un terme apparent à la querelle familiale. Le « Vieux » fut ramené chez lui par son fils Gustave. Dans l'émission « Cinq colonnes à la Une », en avril 1960, il prenait la défense de son père, après l'avoir accusé au procès.
L'affaire DOMINICI : Gustave à propos de l'innocence de sa famille
1960 - 03:35 - vidéo
Plusieurs décennies après la mort de Gaston Dominici, survenue 4 avril 1965, la thèse de son innocence continue d'alimenter les débats. Jusqu'en 2008, son petit-fils Alain Dominici a tenté d'obtenir la révision de son procès, mais toutes ses requêtes ont été rejetées.
Pour aller plus loin :
Cinq colonnes à la Une : Dominici, mourir en prison ? Reportage qui débute par des images du condamné dans sa cellule des Baumettes. (8 avril 1960)
Le commissaire Sébeille évoque cette affaire. (Inanews, 1994)
La chance aux chansons : Frédéric Pottecher à propos de l'affaire Dominici. Il évoque le retentissement considérable qu'eut cette affaire dans l'opinion publique française et étrangère. Son intime conviction quant à la culpabilité du vieillard. Il raconte des anecdotes. (20 janvier 1993)
Extraits audio de l'émission Les jours du siècle consacrée à l'affaire Dominici, avec Frédéric Pottecher. (13 novembre 1996)
William Reymond : Dominici non-coupable. En 1997, dans un livre, William Reymond expose une nouvelle hypothèse : Drummond, qui était savant et travaillait pour les services secrets anglais, aurait été assassiné par les services secrets. (JT de 20h00, 24 janvier 1997)
Le film de Claude Bernard-Aubert L'Affaire Dominici, sorti en 1975, avec Jean Gabin et Victor Lanoux.